Un schéma d’aménagement est, pour une région, un outil fondamental pour la planification du devenir d’un territoire, sur plusieurs décennies. Il doit répondre aux objectifs d’aujourd’hui et de demain, en donnant des perspectives aux habitantes et habitants. Malheureusement, la proposition de nouveau Schéma Directeur d’Aménagement de la Région Ile-de-France ne me semble pas en mesure de répondre aux défis climatiques et sociaux de notre époque. Une trajectoire climatique insuffisante Les dernières publications du Groupement intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) sont claires dans leur constat : « la fenêtre d’action pour garantir un avenir vivable et durable pour tous se referme rapidement. […] Nous sommes à un tournant. Nos décisions aujourd’hui peuvent assurer un avenir vivable ». Le projet soumis à l’enquête publique prévoit des avancées réelles sur le plan de l’engagement pour l’environnement. Cependant, construit en opposition à la précédente monture du SDRIF, ancienne de plus d’une décennie, omettant ainsi le corpus des publications scientifiques et des engagements internationaux de la France pris depuis 2014, il ne prend pas suffisamment la mesure de l’ampleur de l’urgence climatique. Pour être plus en adéquation, ce projet aurait dû se positionner dans le scénario de réchauffement climatique entre 2 et 2,7°C pour 2040 pour la France métropolitaine, calant ainsi une planification volontariste mais contrainte en matière de logements, de transport et d’agriculture. L’un des premiers enjeux, en matière d’aménagement, est la sobriété foncière, c’est-à-dire la réduction drastique de la quantité de terres et de sols que nous artificialisons chaque année. Or, dans ce présent projet de SDRIF-E, ni le point de départ (774 hectares versus les 588 hectares réels consommés figurant dans le bilan SDRIF de 2019), ni la trajectoire (une réduction de 20% par décennie versus 50% pour les autres régions) ne démontre une forte ambition régionale pour enrayer le réchauffement climatique et l’effondrement du vivant. Et si la mise en œuvre du Zéro Artificialisation Nette (ZAN) pose de nouvelles difficultés pour les collectivités (dynamique démographique, financement,…) qu’il faudra collectivement surmonter, il s’agit pourtant bien d’un impératif qui devrait être partagé. D’autant que, cela n’aura échappé à personne, la perspective de la mise en œuvre de la trajectoire de la ZAN induit, actuellement, une augmentation significative de l’artificialisation des sols, par anticipation des restrictions à venir. Aussi, pour une traduction réglementaire de la sobriété foncière à la hauteur des enjeux, j’appelle, comme je l’avais fait lors des débats au conseil régional, à une réduction de la consommation des espaces naturels, agricoles et forestiers (ENAF) de 50 % (et non 20 %) pour la période 2021-2031 ; une réduction de l’artificialisation brute de 50 % (et non 20 %) pour les périodes 2032-2041 et 2042-2050 et une absence d’artificialisation totale à compter de 2050. Le choix politique de l’inégalité Malgré la volonté affichée d’agir pour un rééquilibrage, le projet de SDRIF-E est susceptible d’accroître les inégalités sociales et territoriales, en appauvrissant les plus précaires. Je ne prendrai que l’exemple du logement, en déplorant l’insertion d’une clause dite anti-ghetto qui vise à freiner la production de logements sociaux dans les communes comptant plus de 30% de logements sociaux PLAI/PLUS. Alors que 750 000 Francilien•nes sont en attente d’un logement social, cette disposition cherche à ralentir le rythme de production de logements sociaux dans les communes volontaristes (et elles sont quelques-unes dans les Yvelines : Guyancourt, Limay pour ne citer qu’elles) sans ajouter de contraintes réglementaires sur la production de logements pour les communes déficitaires (60 en 2022 dans le département), qui ne respectent pas les objectifs de la loi SRU. Pourtant, la région Ile-de-France devrait concentrer tous ses efforts dans la production de logements sociaux et très sociaux, transformer l’existant (notamment avec un volontarisme accru dans l’exploitation de gisements sous-utilisés : logements vacants, locations saisonnières, bureaux…) et focaliser son action sur les zones déjà artificialisées, comme les friches. Cette limitation doit donc être supprimée du SDRIF-E. Le productivitivisme comme priorité politique, contre tout le reste Le SDRIF-E conforte et promeut le développement d’un modèle économique directement et indirectement très consommateur de ressources. Prétendument engagé dans l’accompagnement de l’économie francilienne vers sa transition et sa résilience, il l’ancre en réalité durablement dans un mouvement perpétuel de compétition et de concurrence, de toujours plus de production et de consommation. L’Ile-de-France se structure historiquement par une hyper-concentration de l’emploi vectrice d’inégalités territoriales majeures, avec des Francilien·nes toujours plus éloignés de leur travail. Le projet prévoit, jusqu’en 2031, la création de bureaux dans les 19 communes qui représentent 6 % du territoire et concentrent 68 % de la création d’emplois. Ceci contredit la volonté affichée du développement multipolaire de notre Région et de son rééquilibrage. En outre, les transports en Ile-de-France sont conçus au service de cette concentration économique et de l’attractivité des entreprises, parfois voire souvent au détriment des populations. Le SDRIF-E priorise en effet les infrastructures lourdes, pour desservir les grands pôles économiques et les espaces d’échanges internationaux (lignes 17 Nord, 18 Ouest et 19 du Grand Paris Express) mais qui ne correspondent que très marginalement aux demandes locales. Elle renforcent le phénomène des “villes dissociées”, théorisé par Jacqueline Lorthiois, c’est-à-dire des villes avec la caractéristique suivante : “l’habitant n’y travaille pas, le travailleur n’y habite pas”. Ces projets sont plutôt le prétexte à une urbanisation accrue qui endommage très fortement l’environnement (nature, biodiversité, écosystèmes), saccage et gaspille des espaces fertiles et utiles à l’agriculture, là où l’urgence est au maillage fin pour répondre aux besoins des populations locales et leur offrir une solution de mobilité, principalement en surface, pour rejoindre leur emploi et ainsi lutter efficacement contre la dépendance automobile (Bus à Haut Niveau de Service de proximité, tramways ou bus de liaison vers des radiales). L’arrivée d’EOLE sur le territoire Nord Yvelines démontre aujourd’hui ce phénomène : accélération des constructions, concentration vers de nouveaux lieux d’activités existantes, etc… alors même que le rabattement vers les gares n’est aujourd’hui pas suffisamment pensé. C’est pourquoi, je réitère ma demande à ce qu’une liaison pour une passerelle piétonne et vélo, entre Meulan et les Mureaux,