Ghislaine Senée, Sénatrice des Yvelines

Rapport

Territorialisation des politiques de l’emploi : le bilan du rapport de la Cour des comptes demandé par la commission des finances du Sénat

Depuis mon élection en septembre 2023, je siège au sein de la commission des Finances du Sénat. Dans cette commission, chaque membre est rapporteur spécial sur un champ d’action particulier, chargé d’en assurer le suivi lors de l’examen du projet de loi de finances mais aussi tout au long de l’année dans le cadre de notre mission de contrôle de l’action du Gouvernement. Pour ma part, je suis rapporteure spéciale sur les politiques de l’emploi et du travail. Ce périmètre recouvre notamment la formation professionnelle, l’apprentissage, l’insertion des jeunes et des personnes éloignées de l’emploi, l’accompagnement des demandeurs d’emploi, les mutations économiques et le développement de l’emploi, ainsi que le fonctionnement de l’opérateur public France Travail et des structures d’insertion. C’est dans ce cadre que nous avons conduit un travail de contrôle approfondi, en lien avec la Cour des comptes, portant sur la territorialisation des politiques de l’emploi. Le rapport issu de ces travaux a été présenté et rendu public le 4 février 2026. Le rapport de la Cour des comptes analyse la manière dont les politiques nationales de l’emploi prennent en compte les réalités locales. Il examine les moyens mobilisés, l’organisation de l’État et de France Travail, ainsi que les effets des réformes récentes, notamment la création du « réseau pour l’emploi ». Son objectif est clair : comprendre pourquoi les inégalités territoriales persistent et identifier les leviers permettant d’adapter plus efficacement les politiques de l’emploi aux besoins de chaque territoire. Lire le rapport complet.   Voir la discussion en commission des finances le 4 février 2026. Les trois enseignements principaux Des inégalités territoriales fortes, bien connues mais encore mal expliquées Premier constat : les inégalités territoriales face à l’emploi restent très importantes en France, malgré une amélioration globale du marché du travail ces dernières années. Les données statistiques sont nombreuses et précises jusqu’à l’échelle des bassins d’emploi, mais elles sont encore insuffisamment exploitées pour orienter l’action publique. Les écarts entre territoires demeurent marqués. Le taux de chômage dépasse 12 % dans certains départements comme les Pyrénées-Orientales, alors qu’il est nettement plus faible dans d’autres territoires franciliens ou ruraux. Dans les Yvelines, par exemple, il se situe à un niveau sensiblement inférieur à la moyenne nationale, illustrant l’existence de territoires dynamiques où les enjeux portent davantage sur les tensions de recrutement que sur le retour à l’emploi. À l’inverse, dans certains territoires ultramarins ou fragilisés, le chômage peut dépasser 15 %. La Cour souligne surtout un manque d’évaluation qualitative : si les acteurs locaux connaissent bien leurs territoires, les analyses permettant d’expliquer pourquoi certains dispositifs fonctionnent mieux ici que là restent insuffisantes. Ce déficit d’évaluation limite la capacité à adapter les politiques publiques et à tirer pleinement parti des expérimentations locales. Une politique de l’emploi encore très centralisée Deuxième enseignement : la politique de l’emploi reste largement conçue et pilotée au niveau national, laissant peu de marge d’adaptation aux territoires. En 2023, les dépenses publiques en faveur de l’emploi représentent environ 190 milliards d’euros. L’essentiel des crédits correspondent à des dispositifs nationaux difficilement territorialisables (allègements de cotisations, indemnisation du chômage…). Au final, seule une part très limitée des crédits peut être réellement adaptée localement : environ 10,6 % seulement des dépenses pour l’emploi sont pilotables par l’État et susceptibles d’ajustements territoriaux. Même les crédits déconcentrés demeurent fortement encadrés par des règles nationales. Les préfets et services territoriaux disposent donc de marges de manœuvre réduites pour adapter les dispositifs aux besoins spécifiques des territoires. France Travail lui-même fonctionne majoritairement sur des dispositifs nationaux, malgré un maillage territorial dense de près de 900 agences. La loi pour le plein emploi : une opportunité à concrétiser Troisième enseignement : la réforme issue de la loi pour le plein emploi de 2023 peut constituer un tournant si elle est pleinement mise en œuvre. Elle crée un « réseau pour l’emploi » associant l’État, les collectivités territoriales et les acteurs de l’insertion et de la formation. Des comités territoriaux pour l’emploi sont désormais installés à tous les niveaux et élaborent des feuilles de route locales pour lever les freins à l’emploi (mobilité, logement, garde d’enfants, santé) et répondre aux besoins des entreprises. La Cour appelle toutefois à la vigilance : complexité administrative, coexistence avec les structures existantes, incertitudes sur les financements et l’évaluation. La réussite de cette réforme dépendra de notre capacité à simplifier la gouvernance et à donner de réelles marges d’adaptation aux territoires. Focus : Territoires zéro chômeur de longue durée Le dispositif Territoires zéro chômeur de longue durée constitue l’une des expérimentations les plus abouties de territorialisation des politiques de l’emploi. Fondé sur une logique simple – partir des besoins du territoire et des compétences des personnes privées d’emploi -, il vise à créer des emplois utiles localement en CDI. Construit à partir d’un diagnostic territorial partagé entre collectivités, acteurs de l’emploi et tissu économique, il permet d’apporter des réponses adaptées aux réalités locales. Alors que son extension est envisagée, son articulation avec le nouveau réseau pour l’emploi sera déterminante pour éviter la juxtaposition des dispositifs et renforcer l’efficacité de l’action publique. L’enjeu de 2026 sera de passer d’une expérimentation à un dispositif pérenne. Grève du chômage 2025 Mon analyse de rapporteure spéciale La réforme engagée en 2023 vise à sortir d’un fonctionnement en silos pour construire une gouvernance réellement partagée des politiques de l’emploi. Elle constitue une opportunité pour rapprocher les politiques publiques des réalités du terrain. Mais les retours que je reçois des acteurs locaux sont plus nuancés. Nous disposons aujourd’hui d’une quantité considérable de données, d’indicateurs et de tableaux de bord. Pourtant, ces chiffres ne se traduisent pas toujours par des améliorations concrètes pour les personnes en recherche d’emploi ou pour les entreprises qui recrutent. La performance reste trop souvent évaluée à l’aune de l’activité administrative plutôt qu’à celle de la continuité des parcours. Améliorer la performance suppose donc aussi d’améliorer les indicateurs : mieux mesurer l’accès durable à l’emploi, la qualité de l’accompagnement, la fluidité entre formation, insertion et emploi. Aujourd’hui encore, trop de ruptures de parcours

Rapport : « L’IA va-t-elle révolutionner le monde des collectivités territoriales ? »

L’intelligence artificielle (IA) commence à investir le terrain des collectivités territoriales. Ses applications sont déjà nombreuses, elles irriguent des champs très variés des politiques publiques locales et des services publics locaux : information des usagers par des robots conversationnels, sécurisation des grands événements sportifs, réduction des déchets, préservation des ressources rares, prévention des risques naturels… La diffusion accélérée de cette technologie nécessite toutefois certaines précautions (préservation de la confidentialité des données, défense contre les cyberattaques…). Elle est également source de préoccupations : l’IA va-t-elle « tuer » l’emploi dans les collectivités ? A terme, la place des élus locaux sera-t-elle remise en cause par l’IA ? Le rapport d’information se veut un « kit de survie » pour les décideurs des collectivités territoriales face à l’émergence de l’IA. Le rapport complet

Rapport spécial Loi de finances pour 2025 : Travail, Emploi et Administration des ministères sociaux

LES PRINCIPALES OBSERVATIONS DES RAPPORTEURS SPÉCIAUX 1. En loi de finances initiale (LFI) pour 2023, les crédits votés au titre de la mission « Travail et emploi » s’élevaient à 21,1 milliards d’euros en autorisations d’engagement (AE) et à 21,3 milliards d’euros en crédits de paiement (CP). 2. En exécution 2023, les crédits ouverts se sont finalement élevés à 19,8 milliards d’euros en AE, ce qui correspond à une diminution de 20,1 % par rapport au niveau inédit de l’exécution 2022 ; en CP, les crédits ouverts s’établissent à 20,9 milliards d’euros en CP, soit une stabilisation (+ 0,7 %) par rapport à l’exécution 2022. L’exécution 2023 correspond ainsi peu ou prou à la prévision en LFI 2023 (sous-exécution de – 5,9 % en AE et de – 1,6 % en CP). 3. Le taux de consommation des crédits ouverts s’élève à 90,3 % en AE et 93,4 % en CP sur l’ensemble de la mission. Cet écart tient notamment, comme les années précédentes, à la sous consommation importante des crédits ouverts au titre du plan d’investissement dans les compétences (PIC). 4. La budgétisation initiale de la mission est mieux calibrée. Si l’ampleur des reports de crédits ne se dément pas (2,1 milliards d’euros en CP), en particulier sur le fonds de concours du PIC, le regroupement progressif des crédits consacrés à l’apprentissage et à l’activité partielle dans la mission « Travail et emploi » favorise la lisibilité des politiques de l’emploi et des compétences. Enfin, la consommation constatée est proche de la prévision en LFI (+ 0,7 % en CP). 5. Comme les précédents, l’exercice 2023 est marqué par l’importance des dépenses en faveur de l’apprentissage. Au total, le coût brut de l’alternance pour l’État atteint plus de 7,4 milliards d’euros, dont 7,1 milliards financés par la mission « Travail et emploi », signe de l’extinction progressive de la mission « Plan de relance ». Les rapporteurs spéciaux relèvent ainsi que la soutenabilité à moyen-terme de la mission est surdéterminée par la dynamique de l’apprentissage. Hors dotations exceptionnelles à l’opérateur France compétences, les dépenses de soutien à l’apprentissage sur le seul programme 103 représentent plus de 5 483 millions d’euros, soit 40,8 % d’un programme qui représente lui-même 64,1 % des crédits de la mission. 6. La mise en place de France Travail et la dynamique de l’alternance pèsent sur l’exécution 2023, comme en témoigne l’augmentation de la subvention pour charges de service public versée à Pôle emploi, ou encore le versement d’une subvention d’équilibre de 1,6 milliard d’euros à France compétences. 7. Des mesures visant à résorber les déséquilibres de la mission et de France Compétences, en recettes comme en dépenses, pourraient être prises. EXÉCUTION DES CRÉDITS DE LA MISSION EN 2023 En loi de finances initiale (LFI) pour 2023, les crédits votés au titre de la mission « Travail et emploi » s’élevaient à 21,1 milliards d’euros en autorisations d’engagement (AE) et à 21,3 milliards d’euros en crédits de paiements (CP), fonds de concours et attributions de produits inclus. Pour mémoire, la mission comporte quatre programmes : – le programme 102 « Accès et retour à l’emploi » se fixe pour objectif principal de favoriser l’accès et le retour à l’emploi de tous les publics en s’appuyant sur les structures du service public de l’emploi et en mobilisant au mieux les outils d’insertion professionnelle au bénéfice des personnes les plus éloignées de l’emploi ; – le programme 103 « Accompagnement des mutations économiques et développement de l’emploi » se fixe pour objectifs de sécuriser l’emploi par l’anticipation des mutations économiques, contribuer à la revitalisation des territoires et au reclassement des salariés licenciés pour motif économique, faciliter l’insertion dans l’emploi par le développement de l’alternance et enfin édifier une société de compétences, notamment via le volet « formation » du Plan d’investissement dans les compétences (PIC) ; – le programme 111 « Amélioration de la qualité de l’emploi et des relations de travail » vise notamment à améliorer les conditions d’emploi et de travail des salariés du secteur privé concurrentiel, contribuer à la prévention et à la réduction des risques professionnels, à la dynamisation de la négociation collective et à l’amélioration du dialogue social et enfin à lutter contre le travail illégal et la fraude au détachement, en s’appuyant sur les services de l’inspection du travail ; – enfin, le programme 155 « Conception, gestion et évaluation des politiques de l’emploi et du travail » constitue le programme d’appui et de soutien aux politiques du ministère du travail, portant l’intégralité des dépenses de personnel (titre 2) de la mission. Il est à noter que les programmes 102 et 103, qui relèvent de la politique de l’emploi stricto sensu, représentent à eux seuls 95 % des crédits de la mission. Évolution des crédits de la mission « Travail et emploi » en 2023 (en millions d’euros et en pourcentage)

Rapport numéro 34 Tome II Annexe 32 : Travail et emploi ( Projet de loi relative aux résultats de la gestion et portant approbation des comptes de l’année 2023)

LES PRINCIPALES OBSERVATIONS DES RAPPORTEURS SPÉCIAUX : 1. En loi de finances initiale (LFI) pour 2023, les crédits votés au titre de la mission « Travail et emploi » s’élevaient à 21,1 milliards d’euros en autorisations d’engagement (AE) et à 21,3 milliards d’euros en crédits de paiement (CP). 2. En exécution 2023, les crédits ouverts se sont finalement élevés à 19,8 milliards d’euros en AE, ce qui correspond à une diminution de 20,1 % par rapport au niveau inédit de l’exécution 2022 ; en CP, les crédits ouverts s’établissent à 20,9 milliards d’euros en CP, soit une stabilisation (+ 0,7 %) par rapport à l’exécution 2022. L’exécution 2023 correspond ainsi peu ou prou à la prévision en LFI 2023 (sous-exécution de – 5,9 % en AE et de – 1,6 % en CP). 3. Le taux de consommation des crédits ouverts s’élève à 90,3 % en AE et 93,4 % en CP sur l’ensemble de la mission. Cet écart tient notamment, comme les années précédentes, à la sous consommation importante des crédits ouverts au titre du plan d’investissement dans les compétences (PIC). 4. La budgétisation initiale de la mission est mieux calibrée. Si l’ampleur des reports de crédits ne se dément pas (2,1 milliards d’euros en CP), en particulier sur le fonds de concours du PIC, le regroupement progressif des crédits consacrés à l’apprentissage et à l’activité partielle dans la mission « Travail et emploi » favorise la lisibilité des politiques de l’emploi et des compétences. Enfin, la consommation constatée est proche de la prévision en LFI (+ 0,7 % en CP). 5. Comme les précédents, l’exercice 2023 est marqué par l’importance des dépenses en faveur de l’apprentissage. Au total, le coût brut de l’alternance pour l’État atteint plus de 7,4 milliards d’euros, dont 7,1 milliards financés par la mission « Travail et emploi », signe de l’extinction progressive de la mission « Plan de relance ». Les rapporteurs spéciaux relèvent ainsi que la soutenabilité à moyen-terme de la mission est surdéterminée par la dynamique de l’apprentissage. Hors dotations exceptionnelles à l’opérateur France compétences, les dépenses de soutien à l’apprentissage sur le seul programme 103 représentent plus de 5 483 millions d’euros, soit 40,8 % d’un programme qui représente lui-même 64,1 % des crédits de la mission. 6. La mise en place de France Travail et la dynamique de l’alternance pèsent sur l’exécution 2023, comme en témoigne l’augmentation de la subvention pour charges de service public versée à Pôle emploi, ou encore le versement d’une subvention d’équilibre de 1,6 milliard d’euros à France compétences. 7. Des mesures visant à résorber les déséquilibres de la mission et de France Compétences, en recettes comme en dépenses, pourraient être prises.

Rapport d’information : Fonds national de l’emploi – Formation (FNE-Formation)

En application de l’article 57 de la loi organique du 1er août 2001 relative aux lois de finances, Emmanuel Capus, rapporteur spécial et Ghislaine Senée, rapporteure spéciale de la commission des finances pour la mission « Travail et emploi », ont mené une mission de contrôle budgétaire sur les évolutions récentes du FNE-Formation. Ce dispositif de formation professionnelle des salariés n’a pas toujours eu la forme que nous lui connaissons aujourd’hui. Créé en 1963, il constituait encore en 2019 un dispositif marginal, comme figé à l’état larvaire. Les années 2020-2022 ont vu la physionomie du FNE-Formation être véritablement transfigurée, avec sa mobilisation dans le cadre de la crise sanitaire d’abord, puis avec la reprise de l’économie. Plusieurs fois métamorphosé, véritablement méconnaissable, le FNE Formation a bien mérité l’épithète homérique que Le Monde devait lui donner en janvier 2022 : un dispositif « aux contours nébuleux ». L’année 2023, avec la réorientation du FNE-Formation vers les grandes « transition », marque l’entrée de ce dispositif dans la maturité. Suspecté d’encourager des effets d’aubaine auprès des entreprises bénéficiaires, le FNE-Formation a été critiqué par la Cour des comptes dès 2021. Plus récemment, l’annulation d’un montant de 1,1 milliard d’euros sur la mission « Travail et emploi » a suscité de nouvelles interrogations : dans quelle mesure le FNE-Formation serait-il concerné ? Avec quels effets ? Pourra-t-il achever sa mue sans disparaître ? Les rapporteurs spéciaux relatent ici les diverses métamorphoses du FNE-Formation. Ils concluent, au terme de leur analyse, à une mue plutôt réussie. Ils s’interrogent enfin sur l’avenir de ce dispositif amputé de deux tiers de ses crédits en 2024. Afin de permettre au FNE-Formation de survivre, mais aussi de pleinement se déployer, ils formulent trois recommandations autour d’un triptyque : stabiliser, varier, cibler. Lire le rapport complet

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